Deuxième séjour à Niamey. La première fois, j'avais été malade.

lundi 17 janvier 2011

ça roule !


À Niamey, nous nous déplaçons à vélo, même si la conduite générale ici est anarchique. À un carrefour, on peut voir des feux qui marchent, et d’autres qui ne marchent pas. S’ils marchent, ce n’est pas sûr qu’ils soient très bien respectés, à moins qu’il y ait des policiers qui eux, sont très respectés. Toujours est-ils que il faut oublier les règles habituelles du code de la route et se faire à cette règle beaucoup plus simple : le plus gros a raison, le camion l’emporte sur la voiture, qui l’emporte sur le vélo, qui l’emporte sur le piéton. Le policier et le militaire l’emportent sur tout le monde. Point de règles qui compliquent la vie comme la priorité à droite : c’est la voiture sur l’artère la plus importante qui a la priorité, cela étant laissé à l’appréciation des conducteurs. Bien sûr, cela peut prêter à confusion en cas de différence d’appréciation, mais en cas de problème, je veux dire par là si deux voitures s’engagent en même temps dans le carrefour, la solution est simple : on klaxonne.
Bien sûr, il y a des accidents, parfois dû à l’absence totale de rétroviseurs sur la voiture. Qu’à cela ne tienne, on emporte les blessés et on laisse les véhicules exactement à l’endroit de l’accident afin que la police puisse faire les constations. La vitesse d’arrivée de la police dépend de beaucoup de choses, mais il en est une principale, c’est l’essence. La première chose que doit faire la police une fois qu’on l’a appelée, c’est trouver de l’essence pour mettre dans le réservoir afin qu’ils se déplacent sur les lieux. Ça peut donner lieu à des situations cocasses : un camion accidenté en plein milieu d’un carrefour très dangereux (les feux ne marchent pas) a paradoxalement sécurisé la circulation. Le camion ne laissait le passage que pour une voiture, ce qui fait que tout le monde ralentissait, et mêmes nous, en vélo, pouvions passer en sifflotant. Puis la police est passée, elle a retiré le camion, et le carrefour est redevenu dangereux comme avant.
La nuit, c’est encore plus compliqué parce que l’éclairage public est un peu défaillant : parfois ça marche, parfois non. En plus, les mêmes voitures qui n’ont pas de rétroviseurs n’ont pas forcément non plus de phares. Et c’est pareil pour les motos (je ne parle même pas des vélos). De plus, les gens dehors sont nombreux, et évidemment peuvent traverser la route. Je n’ai jamais conduit la nuit ici, mais un de mes amis a résumé la situation ainsi : “tu te retrouves avec juste tes phares pour t'éclairer, et il y a des gens partout". C’est un peu stressant si tu n’aimes pas tuer des gens avec ta voiture.
Devant le danger de la conduite de nuit, j’ai pris des résolutions fermes. Je me suis fait envoyer par mon père des lampes qui marchent avec des aimants. Vous fixez la lampe sur le cadre, les aimants sur les rayons de la roue, et ça clignote dès que vous roulez sans que vous ayez besoin de mettre des piles. C’est assez cher (une cinquantaine d’euros), mais la sécurité est à ce prix. Je les fixais dimanche sur le vélo de Marie, et le gardien de la maison, intrigué, est venu observer le système. Il m’a demandé si c’était cher. J’ai failli lui donner le prix mais me suis ravisé en notant que le prix des lampes équivalait presque à son salaire, alors même qu’il est payé normalement. J’ai eu quand même un peu honte.
Nous pourrions donc maintenant circuler la nuit en vélo, on est visibles. Dommage que ce ne soit plus possible à cause des barbus.

mardi 11 janvier 2011

rouge orange


Eh bien bonne année quand même. Ça démarre pas super fort, mais on va faire avec.
"Les régions formellement déconseillées sont indiquées en rouge. Les régions déconseillées sauf raisons impérieuses sont indiquées en orange." Engagez-vous, qu'y disaient.

mercredi 29 décembre 2010

Niamey-Cotonou


La semaine dernière, Marie et moi sommes partis passer une semaine à Cotonou, au Bénin. Niamey-Cotonou : 1000 km. Dépourvus de voiture, nous avons opté pour le bus, c’est moins cher que l’avion et ça nous évite de passer une nuit d’escale dans un aéroport. Comme je suis sûr que vous nous enviez, je vais essayer de vous faire vivre au plus près notre voyage.
Levez-vous d’abord à 3 heures du matin pour être sûr d’être à l’heure pour le bus. Prenez un petit-déjeuner succinct. À 4 heures, vous êtes fin prêt. Attendez une demi-heure. Puis une autre. Allez, ne mégotons pas, attendez encore une heure de plus. Ça y est, le chauffeur manquant est arrivé. (Je ne sais pas pourquoi, chaque fois que je dois prendre un bus, je me présente à l’heure en sachant pertinemment que jamais, au grand jamais, le bus ne partira à l’heure).
C’est parti ! Asseyez-vous sur votre chaise, face à un mur. Rapprochez-vous du mur, jusqu’à ce que votre dos bien droit touche le dossier et que vos genoux touchent le mur. Ça y est, vous ne pouvez plus faire de mouvements d’avant en arrière ? Alors, on peut rouler maintenant.
Malheureusement, votre dossier ne monte pas jusqu’à la tête, je crains que pour dormir, il faille laisser pendre la tête en avant ou en arrière. Je sais, l’un et l’autre sont inconfortables, il va cependant falloir faire un choix à un moment donné. L’alternance est à mon avis le meilleur compromis : on penche le cou en avant, on essaie de s’assoupir, et cinq minutes plus tard, comme ça fait un peu mal, on penche en arrière.
S’il fait froid dehors, ouvrez la fenêtre sans trop vous couvrir, et attendez trois heures assis sur votre chaise, bien serré, et ne vous couvrez pas trop. Une fenêtre à l’avant du bus est cassée, le vent s’engouffre, et vous n’avez emporté que le petit pull que vous aviez, et c’est malgré tout la saison froide, 15° le matin.
Une fois les trois heures passées, fermez la fenêtre. Enfilez deux pulls, et mettez le chauffage à fond. La saison froide ne concerne que le matin. La journée, il fait ses 30° habituels. Hélas, la fenêtre cassée ne vous apporte plus de vent puisque tout un tas de personnes sont montées et se sont installées dans l’allée, permettant à la fois de bloquer le vent et de réchauffer agréablement l’atmosphère. Remarquez que vous êtes tout de même content, vous, d’être assis sur un siège. Vous êtes aussi malgré tout content de ne pas être juste à côté de la vitre cassée. Vous êtes reparti pour deux heures, jusqu’à la fin de la bonne route. Vous ne le savez pas encore, mais vous avez mangé votre pain blanc. Une fois ces deux heures passées, vous aurez le droit de vous lever pour vous dégourdir les jambes.
Il est 11 heures. Regonflé par ces 5 minutes de pause, vous êtes prêt à attaquer la suite. De toute façon, vous n’en avez que pour jusqu’à 18 heures. Pour attaquer la mauvaise route, celle avec des trous, vous allez avoir besoin d’un comparse. Celui-ci est chargé de vous pousser de manière impromptue à droite ou à gauche, à des intervalles variables allant de 5 à 20 secondes. Attention, ce comparse doit être assez habile pour vous faire croire que vous allez verser, mais en fait, non, c’était juste une impression. Ce comparse doit également vous soulever parfois en l’air, ou vous pousser en avant. C’est là où le pull que vous avez amené va sauver vos genoux : coincez-le entre vos genoux et le mur, ça atténuera les chocs.
L’ennui c’est qu’avec ce comparse, vous ne pourrez ni lire, ni dormir, et ce pendant quelques heures. Continuez ainsi jusqu’à 18 heures, la fourchette basse de l’heure d’arrivée, en vous dégourdissant les jambes toutes les 3 heures, 15 minutes à l’heure du repas, plus une petite marche de 5 minutes pour traverser le no-man’s-land de la frontière. Parfois, votre comparse doit arrêter de vous secouer pendant un quart d’heure, puis doit recommencer.
À 18 heures, vous vous rappelez que vous êtes parti avec du retard, et vous acceptez résigné le fait que votre heure d’arrivée sera plus proche de la fourchette haute qu’on vous a donnée, soit 21 heures.
À 21 heures, levez-vous, achetez du riz avec de la sauce, et faites-vous à l’idée que ce n’est toujours pas à Cotonou, mais à une ville du nom de Parakou que vous êtes arrivé. Les informations que vous glanez ici et là ne sont guère réjouissantes : la nouvelle fourchette d’heure d’arrivée se situe entre 3 heures et 5 heures du matin. Mettez de l’eau à bouillir, ça humidifiera l’atmosphère : vous êtes au Bénin, la température ne descendra pas vraiment, mais il fera humide. Soupirez avant de vous rassoir exactement comme vous avez été assis toute la journée.
L’avantage, maintenant, est que la fatigue aidant, la douleur au cou ne vous réveille plus qu’à des intervalles un peu plus longs, de l’ordre de toutes les 10 minutes, voire tous les quarts d’heure. Pour soulager vos nerfs, vous avez le droit d’insulter en vous-même le chauffeur qui s’est trompé de route, ou le policier ou douanier ou je-ne-sais-qui revêtu d’un uniforme qui fait patienter le bus, retardant d’autant l’heure d’arrivée. Attention, votre comparse ne doit pas aller dormir, il continue à vous secouer.
A cinq heures, vous avez le droit de verser quelques larmes en constatant que vous n’êtes pas arrivé, mais la bonne nouvelle est que votre comparse a fini son travail. Arrêtez de faire des suppositions quant à l’heure d’arrivée, ça ne sert à rien, vous arriverez quand vous arriverez.
A sept heures du matin, levez-vous, vous êtes à Cotonou, on vient même vous chercher. Vous dormirez toute la journée, puis vous essaierez de vous faire à l’idée que 5 jours plus tard, il faudra recommencer dans l’autre sens.


PS : Pour être tout à fait juste, il faudra modifier un peu le retour : le dossier montera jusqu’à votre tête, vous permettant de vous assoupir, et vous ne resterez sur votre chaise que 21 heures. En revanche, il faudra vous procurer et vous passer un disque de chants de Noël comprenant Oh Tanenbaum et l’Ave Maria de Luis Mariano (si, si).

lundi 15 novembre 2010

Wie gehts ?


Étant au Niger pour au moins trois ans, j’ai décidé d’apprendre une des langues locales, celle qu’on parle le plus à Niamey, le zharma. Mon ambition étant, aussi rapidement que possible, de comprendre les conversations autour de moi, éventuellement d’y participer. Ce n’est, à dire vrai pas réellement un besoin puisque tout le monde parle français, mais je pense que ce sera pratique quand, dans ma vie future, à New York ou à Londres, voire à Tours, je croiserai un Nigérien. Bonjour ! Et la famille ? Et la santé ? Tu peux m’indiquer où est la 5ème avenue, s’il-te-plaît ?
Pour apprendre, deux stratégies. La première m’a été donnée par un Nigérien, et consiste à s’asseoir sur un banc, dans la rue, avec les gens qui sont là, et de laisser les choses venir. La deuxième est plus commune, elle consiste à s’inscrire à des cours de zharma, à y aller, et à faire ses devoirs entre deux cours. J’ai choisi la seconde,parce que c’est plus facile, ou plus occidental, je ne sais pas.
Ces cours se passent de la manière la plus banale qui soit. La prof est sympathique et chaleureuse, elle vous explique des choses, vous donne du vocabulaire, un point de grammaire (le zharma n’est pas compliqué question grammaire, surtout si vous vous arrêtez cinq minutes et que vous la comparez avec la grammaire française). Et puis à chaque fois on rebrasse les diverses connaissances dans des petites conversation de haute volée du style je m’appelle Basile, j’ai 26 ans et je porte des chaussettes noires. C’est détendu, il n’y a pas d’enjeu, les choses rentrent peu à peu et vous vous rendez compte peu de temps après que des gens dans la rue vous répondent en zharma quand vous êtes arrivés à caser LA phrase que vous avez apprise. Ce n’est pas si facile, il faut des conditions bien particulières pour parler de vos chaussettes.
Mais voilà, on ne tire pas un trait sur son passé comme cela. À partir du moment où la prof, très naturellement, commence à demander en zharma comment on s’appelle bien qu’on le lui dise patiemment toutes les semaines, soudainement je perds 15 ans et gagne en même temps une angoisse incontrôlée. Me voilà retourné au collège, et je ne veux pas y retourner. On est lundi matin, 8h30, la prof d’allemand nous pose des questions nommément, et je n’ai pas fait mes devoirs. Je ne comprends rien à ce qu’elle me dit, et à voir sa tête j’aurais dû comprendre. J’ai beau jeter des regards affolés, j’ai beau transpirer allègrement, elle a beau me répéter sa question de plus en plus lentement et de plus en plus fort, rien ne sort. Pourtant, j’ai essayé d’apprendre les mots de vocabulaire, pas à m’en abrutir parce que j’avais tout de même un désintérêt profond envers tout ce qui n’était pas du français, mais quand même, j’ai essayé. Seulement, quand assis depuis vingt minutes devant votre liste de vocabulaire vous ne vous rappelez que d’un seul mot sur les cinq que vous aviez à apprendre, et ce mot si précieux et si fragile, vous l’aurez oublié dans l’heure qui suivra, point n’est besoin de persévérer. Il vaut mieux abandonner, ce n’est pas grave si les langues ne sont pas pour vous, vous avez moultes qualités tout aussi intéressantes, comme par exemple celle de cuisiner de très bons pâtés de campagne. Ça n’a rien à voir, je sais, mais il faut prendre les gens dans leur globalité, il y a des gens virtuoses du piano, d’autres qui sont très forts en maquettes de bateau. Le premier don que je viens de citer est mieux reconnu socialement que le second, c’est vrai, mais essayer de me prouver la supériorité de la maîtrise du piano sur celle du modélisme. Oh puis arrêtez de m’interrompre, je n’avais pas fini.
Très vite, dès la 6ème, dès la deuxième heure de cours, j’ai su que l’allemand n’était pas pour moi. J’ai battu en retraite très vite et me suis recroquevillé en espérant que ce ne soit ni trop long, ni trop douloureux. Hélas, ce le fut, long et douloureux.
Qu’à cela ne tienne, j’étais nul en allemand, cela ne tenait peut-être qu’à la langue elle-même. Je suis arrivé en 4ème, l’âge de la deuxième langue, plein d’espoir, tout prêt à effacer cet échec cuisant et à conquérir ces terres nouvelles. J’ai jaugé les forces en présence dans le cours d’anglais, ai noté la similarité des comportements, ces questions posées de plus en plus fort et de plus en plus lentement mais dans une autre langue encore, et j’ai battu en retraite piteusement.
Tout le reste ne fut que plaies et bosses, stratégies ridicules pour cacher mon ignorance crasse, humiliations quasi quotidiennes, rendez-vous parents-profs de langues où, à mon grand étonnement, celle qui était censée me protéger du monde puisque j’étais la chair de sa chair, à savoir ma mère, cette mère, contre toute attente se rangeait du côté de l’ennemi pour m’accabler, moi qui n’avait pas besoin de ça pour sentir que j’avais perdu lamentablement.
J’ai porté ce fardeau jusqu’à l’âge adulte où, chacun sait, on devient un autre individu.
Ce nouvel individu, bien naïvement, a pensé que le temps de la reconquête était venu, qu’il allait leur montrer à tous qui il était, qu’il pouvait être quelqu’un qui parlait une langue étrangère ET qui faisait des très bons pâtés de campagne. Ce nouvel individu est non seulement parti dans un pays où personne ne parle sa langue (la Suède) , mais a même décidé d’apprendre la langue (le suédois pour ceux qui ne sont vraiment pas forts en géographie). Hélas, il n’a fallu que quelques minutes de cours pour m’apercevoir qu’on ne trace pas un trait sur le passé comme cela. Les mêmes question répétées, bien que moins agressivement (je suis quand même là de mon plein gré), apportait les mêmes effets : angoisse, sueurs, appels à l’aide désespérés. Je peinais toujours autant sur mes cinq mots à apprendre. Je restais toujours aussi perplexe devant les minuscules textes qu’on me présentait, arrêté brutalement par le deuxième mot, oui, c’est ce mot-là que j’avais réussi à savoir hier. La défaite était d’autant plus cuisante que j’avais cherché la bataille.

Alors est-ce que quelqu’un peut m’expliquer pourquoi je me remets dans les mêmes galères ?

dimanche 24 octobre 2010

Obélix


Nous voilà à parler de l’inévitable sujet qui interpelle, voire angoisse le Français moyen à l’étranger, je veux parler de la nourriture (non, non, je n’ai pas peur des clichés). Étant moi-même un Français moyen, je pense que cette question viendrait assez vite si je rencontrais quelqu’un qui revienne d’un pays que je n’ai jamais vu : et qu’est-ce que tu mangeais là-bas ?

Étant un esprit méthodique, je vais faire une distinction entre ce que je mange dehors et ce que je mange à la maison. Car oui, voyez-vous, mon pouvoir d’achat ayant considérablement augmenté depuis que je vis au Niger, je peux me permettre de manger très régulièrement dehors.

En France, le midi, je préparais la veille mon plat à manger dans la salle des Maîtres. Ici, je marche deux cents mètres et m’arrête à ce que nous appelons la cantine : deux femmes ont préparé dans de grandes bassines du riz, du riz parfumé, de la semoule et des pâtes. On peut, et même on doit sous peine d’étouffement agrémenter cela d’une sauce à la viande. C’est très nourrissant, tellement copieux qu’on ne finit pas, très économique (quelque 500 F CFA le plat, soit 5 FF, soit 0,76 €), c’est local et c’est sympa.

Le soir, nous pouvons aller à l’autre extrémité de l’échelle des restaurants, le restaurant clâââsse. C’est climatisé, les serveurs peuvent être en costume, la carte présente des plats inattendus (du lapin en gibelotte ? Des aiguillettes de canard au roquefort ? De la lotte ?), c’est tellement classe que vous en avez un peu honte.

Entre les deux, vous avez toute la gamme, du resto chinois au resto italien, en passant par le resto sénégalais et le maquis du coin. Cependant, la très grosse majorité prépare des brochettes de bœuf avec des frites. Et la viande, ici, c’est quelque chose. C’est tendre, fondant, salé et aromatisé juste comme il faut, c’est délicieux. C’est un peu la spécialité, et malheureusement, il n’y en a pas beaucoup d’autres même si celle-ci vaut le détour.

À la maison, notre ordinaire est principalement régi par un principe : se nourrir, Marie et moi nous faisions cette réflexion il y a peu. En France, nous préparions des bons petit plats, nous testions de nouvelles choses, nous pouvions passer du temps dans la cuisine. Ici, c’est l’inverse, notre ordinaire, même s’il est équilibré ressemble plus à une prise de munitions pour passer la journée que d’un art de vivre gustatif. J’ai du mal à me l’expliquer, à vrai dire. Une début d’explication serait que quand il fait 40°, on n’a pas très envie d’essayer une choucroute ou un plat trop sophistiqué que de toutes façons on ne pourrait pas avoir. On tend plutôt vers des salades de riz, voire d’une côte de bœuf au barbecue (c’est prévu dans les prochains achats), avec un pastis en apéro parce qu’on est conditionné depuis des années comme cela : qui dit chaleur dit été, dit apéro pastis et repas d’été. L’autre raison est le manque cruel de matériel. Pas de four (notre propriétaire est prévenu depuis un mois que le four fait sauter le disjoncteur, mais pas un mouvement de sa part malgré nos appels). Impossible de trouver une casserole à un seul manche (ça, c’est un mystère, je me demande s’il existe une loi nigérienne les interdisant). Impossible également de trouver un plat à tarte. Évidemment pas d’éléctroménager électrique, nous n’avons pas encore investi.

Alors ce sera alors brochettes cuites au feu de bois, ce soir. La vie, c’est pas facile tous les jours.

lundi 11 octobre 2010

téléphone maison


Il était temps de prendre internet à la maison. Au Niger, deux choix s’offrent à nous : Orange et la Sonitel. L’un est français, l’autre nigérien. Tous les deux ont plus ou moins la même réputation, c’est-à-dire que l’on entend les avis les plus contradictoires. Certains te dépeindront un parcours cauchemardesque avec le service après-vente alors que d’autres n’ont jamais eu aucun problème. Au niveau prix ? Sensiblement la même chose, Orange est un peu plus cher.

Je vais me renseigner à l’agence Orange. Décoration Orange, employés commerciaux, salle climatisée, vitrines qui exposent des téléphones modernes, contrats imprimés en couleurs, tout respire le marketing et l’entreprise européenne. Petite restriction, pas très embêtante, mais tout de même : l’abonnement ne permet la connexion (128 k) que les soirs et week-end.

Ce sera donc la Sonitel. J’y vais un mercredi après-midi, l’agence est un peu plus loin, il fait chaud et j’y vais en vélo.

L’agence Sonitel est le frère ennemi de l’agence Orange : tout respire le non-marketing. Dans le local défraîchi, trois vieux bureaux d’administration et quatre femmes en boubou. Il n’y a pas de clients, les employées soit papotent, soit attendent en silence, voire piquent un petit somme. Je suis invité à remplir les contrats (mal) photocopiés. Après la vérification silencieuse de la femme qui m’a tendu les contrats, elle part à l’arrière du local en disant qu’elle va voir si le technicien est là. J’attends.

Je n’ai pas emmené de livre, j’ai tout le loisir d’observer la folle activité de la Sonitel. Une femme va mettre en route le ventilo et se rassied. Une autre s’endort. Un client rentre et une discussion s’engage à propos d’une sombre histoire de billet de 1 000 f CFA. Je patiente et transpire.

Vingt minutes* plus tard, je demande à l’une des femme qui est là si la femme des contrats va revenir bientôt. Elle me dit “Ah bon, c’est elle que vous attendiez? Je vais voir”, et elle part à son tour par la même porte. J’attends.

La femme des contrats revient, elle me dit “Excusez-moi, le technicien n’est pas là” J’en avais eu l’intuition, à vrai dire. “Je vais voir là-bas”. Elle repart par la porte d’entrée. J’attends.

Cinq minutes plus tard, Elle revient. “Il est aux toilettes”. Bon, je vais attendre qu’il ait fini, alors.

Mais le voilà, il arrive ! Il règle deux ou trois choses avec les comparses qui l’accompagnent, veut s’en aller, la femme aux contrats le retient et l’invite à (lui ordonne de ?) me parler. Il me demande où j’habite et lui répond 256 avenue de Niamey (petit aparte : c’es le nom qui est inscrit sur la plaque de ma rue, et c’est le numéro à ma porte. Le problème est que personne ne connaît la rue sous ce nom-là. Ni les chauffeurs de taxi, ni les gens qui habitent dans la rue, ni personne. C’est d’ailleurs un syndrome généralisé à toute la ville, les routes portent un autre nom que ceux sous lequel elles ont été baptisées.) Il ne voit pas où c’est, je m’y attendais un peu et entreprends de lui expliquer. Au milieu de mon explication, il me dit : “Ah mais vous n’êtes pas à la bonne agence. Il faut aller à Plateau I.” Je lui réponds que j’y suis déjà allé, et qu’on m’a dit que c’était ici. Visiblement embêté, il me demande de recommencer mon explication, ce que je fais. Il ne voit toujours pas, appelle un de ses comparses à qui je ré-explique le chemin. Lui non plus ne voit pas. J’égrène tous les signes de reconnaissance qu’il y a à côté de la maison, de l’ONG au resto, en passant par le moindre commerce, rien n’y fait. Me voilà à faire un plan au-dessus duquel on discute, un troisième comparse étant venu nous aider.

Ça y est, il voit. Il me dit “c’est bon, je vois. Pas de problème”. Je suis soulagé, il s’en va par la porte arrière. N’ayant pas de directive précise, je me rassieds et entreprends d’attendre son retour.

Au bout de 10 minutes, je sens que j’ai commis une erreur, je n’aurais pas dû le laisser partir. Je demande à une des femmes, qui me dit “Ah bon, c’est le technicien que vous attendez ? Je vais voir.” Elle part par la porte de derrière. J'attends.

Elle revient quelques minutes après accompagné dudit technicien. Il dit un brin agacé par je ne sais quoi : “Maintenant, il faut saisir !”, bien que cette évidence ne m’est pas sauté aux yeux. Il attrape le dossier, et le tends à une des femmes devant l’ordinateur. J’ai juste le temps de me rendre compte que sur la photocopie qu’il tend, ce n’est ni mon nom, ni ma photo. Devant ma remarque, il farfouille sur le bureau et retrouve mon dossier, qu’il pose devant la femme à l’ordinateur, puis tente de s’enfuir. Une des femmes vient à mon secours et me crie de son bureau : “Prenez son numéro ! Prenez son numéro !” Beau joueur, le technicien me l’inscrit sur un bout de papier qui traîne, me promet de venir demain.

L’agence est subitement prise d’une activité inattendue, ça sort, ça rentre, des interpellations en zharma sont échangées, la femme à l’ordinateur n’est pas en reste et doit se lever pour je ne sais quoi. Elle est remplacée quelques secondes plus tard par une autre. Dès que l’activité soudaine s’est tue, la nouvelle femme, me voyant devant son bureau, elle me dit : “Oui, Vous voulez quoi ?” C’est pour saisir mon dossier “Oui, il est où ?” Je lui montre. Je lui demande quelques explications : quand paye-t-on, quand la ligne sera-t-elle ouverte, etc. Elle me répond qu’on a juste à saisir le dossier dans l’ordinateur, je paye et le technicien vient de suite. Cette heure et demi à la Sonitel n’aura donc pas été vaine.

Elle attrape sa souris, et c’est là qu’on entend le bruit caractéristique de la coupure d’electricité : le ventilo s’arrête, les ordinateurs aussi. Imperturbable, je demande ce qu’on fait maintenant. “Il faut attendre que l’electricité revienne”.

J’attends ?



NB : Tout est rigoureusement authentique.

* Je n’en ai pas rajouté sur les minutes. Je n’ai pas chronometré, mais vu le temps total que j’y ai passé, je crois être en dessous de la vérité.

mardi 5 octobre 2010

Marcel


On a un magnifique lapin couleur sable, dans une cage posée dans le jardin.

Ce lapin avait été gagné par Seïdou, un gardien, lors d’une soirée organisé par le lycée ; il avait trouvé le poids exact de l’animal, et Marie qui était à 50 g près n’avait rien eu du tout. Deux jours après, en papotant avec Seïdou, j’ai appris que ce lapin l’encombrait plus qu’autre chose : ce lapin faisait peur à ses enfants, lui et sa famille ne mangent pas de lapin, et il avait peur qu’il se fasse emporter par un chien qui traîne. Il m’a proposé de le racheter, ce qu’on a fait pour 3 000 f CFA (soit 30 francs, soit je vous laisse calculer en euros). Nous avons acheté une cage, nous l’avons baptisé Marcel en hommage à Marcel Cerdan grâce à sa capacité à donner de la patte quand on attrape sa carotte. On avait pensé à Mohamed Ali, mais nous avons eu peur que des musulmans prennent mal qu’on appelle un lapin Mohamed, n’oublions pas qu’il y en a des pas sympathiques dans le coin.

Marie l’a ramené de la maison, à pied, enfermé dans un carton. Mais Marcel est un lapin plein d’énergie et ivre de liberté. Le carton a commencé à donner des signes de faiblesse jusqu’à ce qu’un passant propose d’aider Marie en la prenant dans sa voiture pour quatre fois le prix d’une course en taxi. Elle a décliné l’offre et a continué son chemin sous le cagnard (il était une heure, et physiquement ça commençait à être dur). Quelques mètres après, deux hommes assis là ont vu qu’elle était en peine. Ils l’ont fait asseoir sous un arbre, lui ont donné de l’eau (ils sont un peu dingues, ces blancs) et se sont démenés pour trouver un carton plus petit et plus solide, qu’elle puisse continuer son chemin.

Le lapin est dans sa cage maintenant. C’est une cage achetée au bord de la route, après d’âpres négociations, d’une demi-heure au moins, où le prix a été abaissé de deux tiers. Le plus difficile, dans la négociation, c’est de savoir combien coûte ce que tu veux acheter. Parfois, tu n’en as aucune idée : combien ça vaut une petite poubelle en plastique ? Un tire-bouchon fabriqué en Chine ? Un kilo de tomates ? Alors tu divises la prix donné au départ par deux ou par quatre.

Si le vendeur accepte le premier prix que tu donnes, c’est que tu t’es fait avoir, mais c’est trop tard, tu as donné ton prix. Si le vendeur ne bouge pas d’un iota, voire augmente son prix au fur et à mesure (ça m’est arrivé), c’est que le prix de départ était le bon prix. La règle étant que plus tu passes du temps à discuter, plus ça baisse, mais il y a des exceptions. Alors, quand tu discutes le prix, tu fais deux calculs simultanément :

- tu convertis le prix. Les francs CFA, c’est facile, tu enlèves deux zéros et tu as le prix en francs. Reste à te souvenir de tes ordres d’idées en francs, souvenirs qui ne sont pas si loin mais qu’il faut raviver quand même. Sinon, c’est la conversion obligatoire en euros, c’est-à-dire se souvenir de sa table de 7.

- tu fais un calcul temps passé / gain. Parce que si la règle est que plus tu passes du temps, plus le prix baisse, il n’est pas dit que ce prix baisse vite. Est-il vraiment nécessaire de passer une demi-heure à gagner 200 f CFA, soit 2 francs si vous avez bien suivi, soit 30 centimes d’euros ? Est-ce que ça vaut le coup de faire une étude de marché en faisant le tour des vendeurs d’un bout à l’autre de la ville pour gagner 1000 f CFA ?

Ce qui est sûr c’est qu’au final tu ne sauras pas si tu as payé un bon prix ou si tu t’es fait avoir comme un bon gros benêt.