Deuxième séjour à Niamey. La première fois, j'avais été malade.

dimanche 25 septembre 2011

Un peu de géopolitique


Ce n'est pas moi qui l'ai prise, on n'a pas le droit d'y aller,
c'est nefertary.unblog.fr

Cette rentrée, riches en événements hexagonaux (le Sénat va-t-il passer à gauche ? Le Centre va-t-il avoir un ou douze candidats ?), on peut se pencher sur l’actualité locale, qui n’est pas mal non plus.
Je fais un petit « Préviously, in Sahara… »

Le Sahara n’est pas du tout vide, comme on le croit parfois. C’est est un haut lieu de trafics en tout genre. Les caravanes existent encore et transportent toutes sortes de denrées légales et illégales, surtout illégales.

La rébellion touareg : pendant de nombreuses années, une guerre se déroulait entre rebelles touareg du MNJ qui demandaient une reconnaissance (et une part du gâteau) et le pouvoir nigérien, qui les considéraient comme des trafiquants armés, avec une répression violente. On accusait en son temps également Khadafi de les soutenir, et donc de les armer. Les Touaregs avaient la maîtrise du terrain, vivant dans une zone aride à cheval sur l’Algérie, le Libye, Le Niger et le Mali.
En 2009, une médiation internationale met fin à la rébellion touareg, les combattant du MNJ sont démobilisés, ils seraient 4000 d’après le mouvement.*

AQMI : parallèlement à cela, se développent deux Katiba, deux groupes de combattants islamiques, se revendiquant d’Al Qaeda. Celles-ci seraient formées d’officiers algériens et de jeunes soldats de toutes les nationalités. Leur mission est d’organiser des attentats dans des pays-cibles comme la France, la Grande Bretagne ou tout autre pays représentant un tant soit peu l’Occident. Eux aussi trafiquent : les cigarettes, les armes, la drogue pendant un temps, jusqu'à ce Abou Zeid, le chef d’une des deux Katiba, prenne ce prétexte pour affaiblir son homologue de l’autre Katiba, Moktar ben Moktar. La drogue, ce n’est pas hallal.
Ils trafiquent également les otages, c’est très lucratif. Cinq Français, un Togolais et un Malgache à Arlit, une tentative avec deux autres otages à Niamey. Suite à la prise d’otages d’Arlit, le MNJ de l’ex rébellion touareg a proposé son concours pour sécuriser la zone. On ne sait pas bien quelle est la porosité entre les Katiba et le ex-combattants du MNJ. La crainte est qu’ils agissent comme des mercenaires. L’armée nigérienne a décidé de faire le travail sans eux : c’est devenu une zone militaire, on surveille les déplacements. C’est difficile, c’est très grand, et le Niger a tout un tas de problèmes à côté, dont celui d’être pauvre.

La Rébellion libyenne : afin de simplifier la situation, c’est la rébellion lybienne qui se rebelle. Les Français et les Anglais les aident, apportent un appui militaire et un armement. D’autres stocks d’armes sont découverts, ça fait tout un stock qu’il va bien falloir écouler. Ouf, on a des gens qui s’y connaissent dans le Sahara, c’est un débouché naturel. Des armes légères, des lourdes, des grenades et toutes ces fantastiques machines modernes sont envoyées dans le désert vers ceux qui voudront bien les acheter.

Khadafi : et puis Khadafi disparaît, on ne sait pas où il est. On sait où est un de ses fils, Saadi, ex-footballeur, il est réfugié au Niger. En effet,  le Niger a accepté de recevoir les ex-Khadafistes.
Ça ne se passe pas super bien entre le CNT et le Niger. Il faut savoir que Khadafi a aidé l’Afrique noire pendant de nombreuses années. Par exemple, quand on va acheter des plantes sur la corniche Yantala, il y a un grand panneau « cette corniche a été construite grâce au Guide lybien ». Il y avait des liens économiques étroits entre Khadafi et le Niger. C’est sans doute pourquoi le CNT des rebelles lybiens accuse le Niger d’avoir soutenu Khadafi, et lui reproche de conserver des biens matériels de Khadafi.
On a entendu parler il y a peu d’un convoi de 200 voitures qui ont traversé la frontière Lybie-Niger. Toutes les spéculations sont faites pour savoir dans quelle voiture était Khadafi. Imaginons qu’il soit passé dans le Sahara, dont la situation n’avait pas besoin de ça pour se compliquer un peu plus.

Khadafi et AQMI : ces deux-là ne sont pas copains. Depuis les années 2000 et la guerre contre le terrorisme, Khadafi, en mal de reconnaissance internationale, a combattu assez durement les Alqaedistes qui étaient sur son sol, et ne leur a pas fait de cadeaux. Cependant, Khadafi et AQMI ont des ennemis communs : les Français et les Anglais.

Khadafi et les autorités nigériennes (et maliennes) : c’est plus compliqué. Khadafi a aidé le Niger et le Mali pendant longtemps. Le Niger a reconnu le CNT, mais pas encore le Mali. Ce qui est sûr, c’est que ça déstabilise fortement la région, qui déjà n’était pas stable. Ajoutons à cela une saison des pluies mauvaise, et des petites récoltes.

Ça fait beaucoup pour une région désertique.


* http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2010/09/22/97001-20100922FILWWW00672-niger-l-ex-rebellion-touareg-s-exprime.php

dimanche 18 septembre 2011

Dans la peau d’un blanc

C'est mon réparateur de vélo, carrefour
Maurice Delens. Il ne parle pas beaucoup
et pas très bien, mais il est gentil.
Je me faisais la réflexion il y a quelques temps qu’ici ce n’est pas très métissé. Quand vous vous baladez dans les rues en France, vous croisez toutes sortes de couleurs, du type africain au type suédois, en passant par le type pakistanais et chinois. Pour la majorité des gens, je pense, on ne réagit pas en termes de couleurs mais en termes de classes. On catalogue les gens dans des cases « classes populaires », ou « bonne famille » ou je ne sais quoi. La couleur de peau ne nous indique pas la nationalité.
 Ici, on est “le blanc”, l’anasaara. Blanc, on ne peut pas être nigérien, c’est impossible. Je connais quelqu’un, une blanche, qui a la nationalité franco-nigérienne. Elle m’a dit que quand elle va voter, c’est la croix et la bannière, les mecs rigolent et ne veulent pas croire qu’elle est nigérienne. Très souvent, on est interpellé : « hé, le blanc », « hé, anasaara ». Notre couleur a réellement une importance, qu’on le veuille ou non on porte sur nous notre statut social élevé. Les blancs qui viennent ici sont des gens plutôt aisés et éduqués. Les seuls blancs qui sont ici sont riches, et c’est vrai comparé au statut moyen ici. De plus, ces blancs ne font souvent que passer un an, deux ans, trois ans. En France, nous gommons les différences de couleur de peau, une remarque à ce sujet peut être mal prise, il ne nous viendrait pas à l’idée d’interpeller quelqu’un en disant : « hé, le noir ! ». Ici, tu es le blanc, c’est comme ça qu’on t’appelle, peut importe que tu sois instit, militaire, commercial, curé. 

samedi 3 septembre 2011

bonnes résolutions de rentrée, dont celle d'écrire plus


Nous voilà revenus au bercail après, contre toute attente, un voyage tranquille.
Mes vacances avaient commencé par un morceau de chèvre accompagné d’un verre de vin, et se sont terminés exactement de la même façon. Entre les deux ? Une litanie de fromages et desserts, après des apéros longs et copieux.
Le résultat est que j’ai maintenant une ceinture abdominale que je qualifierais de peu esthétique. J’ai plaisir à croire que dans un passé pas si lointain, mon ventre était plat et musclé, bien que les photos diverses me disent clairement le contraire. Je trouve cependant commode de mettre cet amas de chair flasque sur les ravages de la trentaine plutôt que sur mon manque de volonté face à la tentation et face à l’effort.
Un nigérien nous disait l’autre jour que nous n’étions vraiment pas comme eux. Quand ils grossissent, ils trouvent ça bien, ça veut dire qu’ils peuvent se le permettre. Nous, il faut qu’on arrête de manger, qu’on fasse du sport pour maigrir le plus rapidement possible. Manifestement, il ignore tout du régime Dunkan.
Il faut maintenant que je trouve des solutions pour résoudre ce problème de blanc : perdre des kilos. J’envisage les choses comme un guerre qui se mènerait sur plusieurs fronts : manger moins et faire plus de sport, ce qui est la base d’un régime me direz-vous.
Le manger :
- Arrêter le fromage. C’est une des points phares de mes résolutions de rentrée. Le gros avantage, c’est que c’est assez facile de mettre cette solution en place parce qu’on se lasse assez vite de la vache qui rit.
- Boire moins de bière. Là, c’est plus difficile, étant donné que quand il fait 35°, la petite bière est quand même bienvenue. Ma solution : attendre qu’on m’en propose. (Oui, bon, ça n’a l’air de rien dit comme ça, mais ce n’est pas si facile.) Attention, il est interdit de suggérer habilement l’idée d’une bière, c’est se disqualifier immédiatement.
- Manger sainement. Je mets le riz-sauce dans la nourriture saine.

Le sport, question épineuse s’il en est :
- Moi, mon truc, c’est courir. Mais de la même manière qu’il est impossible de refuser une bière quand il fait chaud, il est impossible de courir sérieusement quand il fait chaud. J’avais rencontré l’année dernière un Nigerian qui organisait un footing chaque mercredi matin, avant qu’il fasse chaud. Le problème est que je vais commencer à travailler à 7h30, et je vois mal comment je vais pouvoir caser un footing avant, à moins de courir à 6h00 (argh !). L’autre solution est de courir sur un tapis, il y a une salle de sport pas trop loin de la maison. Mais outre le fait qu’ils aient peint une sportive à tête de zombie sur leur mur (cf. photo), courir dans une salle ne m’enchante guère, sans que je sache si je doive mettre cela sur le compte d’une légitime attente ou d’une fainéantise crasse.
- Le rugby. Il y a plusieurs équipes de rugby, et je connais quelqu’un qui pourrait me rencarder. Le problème est que j’ai déjà pris un verre avec un des rugbymen, et son avant-bras était aussi gros que ma cuisse. J’ai également passé une soirée avec un type qui avait joué l’après-midi même et dont la femme, infirmière de son état, lui avait mis un strap sur la plaie de son front, mais n’avait rien pu faire pour la lèvre gonflée.
- Le volley. Facile et pas cher. Le problème est que ça se passe au lycée, et que j’y passe déjà un temps fou, sans compter que je n’aime pas tellement le volley.
- Le kayak. Va pour le kayak, mais il va falloir être rigoureux. Ça commence mal, la sortie prévue dimanche a été annulée pour cause d’apéro de travail, où malgré tout j’espère qu’on va me proposer une bière.

lundi 17 janvier 2011

ça roule !


À Niamey, nous nous déplaçons à vélo, même si la conduite générale ici est anarchique. À un carrefour, on peut voir des feux qui marchent, et d’autres qui ne marchent pas. S’ils marchent, ce n’est pas sûr qu’ils soient très bien respectés, à moins qu’il y ait des policiers qui eux, sont très respectés. Toujours est-ils que il faut oublier les règles habituelles du code de la route et se faire à cette règle beaucoup plus simple : le plus gros a raison, le camion l’emporte sur la voiture, qui l’emporte sur le vélo, qui l’emporte sur le piéton. Le policier et le militaire l’emportent sur tout le monde. Point de règles qui compliquent la vie comme la priorité à droite : c’est la voiture sur l’artère la plus importante qui a la priorité, cela étant laissé à l’appréciation des conducteurs. Bien sûr, cela peut prêter à confusion en cas de différence d’appréciation, mais en cas de problème, je veux dire par là si deux voitures s’engagent en même temps dans le carrefour, la solution est simple : on klaxonne.
Bien sûr, il y a des accidents, parfois dû à l’absence totale de rétroviseurs sur la voiture. Qu’à cela ne tienne, on emporte les blessés et on laisse les véhicules exactement à l’endroit de l’accident afin que la police puisse faire les constations. La vitesse d’arrivée de la police dépend de beaucoup de choses, mais il en est une principale, c’est l’essence. La première chose que doit faire la police une fois qu’on l’a appelée, c’est trouver de l’essence pour mettre dans le réservoir afin qu’ils se déplacent sur les lieux. Ça peut donner lieu à des situations cocasses : un camion accidenté en plein milieu d’un carrefour très dangereux (les feux ne marchent pas) a paradoxalement sécurisé la circulation. Le camion ne laissait le passage que pour une voiture, ce qui fait que tout le monde ralentissait, et mêmes nous, en vélo, pouvions passer en sifflotant. Puis la police est passée, elle a retiré le camion, et le carrefour est redevenu dangereux comme avant.
La nuit, c’est encore plus compliqué parce que l’éclairage public est un peu défaillant : parfois ça marche, parfois non. En plus, les mêmes voitures qui n’ont pas de rétroviseurs n’ont pas forcément non plus de phares. Et c’est pareil pour les motos (je ne parle même pas des vélos). De plus, les gens dehors sont nombreux, et évidemment peuvent traverser la route. Je n’ai jamais conduit la nuit ici, mais un de mes amis a résumé la situation ainsi : “tu te retrouves avec juste tes phares pour t'éclairer, et il y a des gens partout". C’est un peu stressant si tu n’aimes pas tuer des gens avec ta voiture.
Devant le danger de la conduite de nuit, j’ai pris des résolutions fermes. Je me suis fait envoyer par mon père des lampes qui marchent avec des aimants. Vous fixez la lampe sur le cadre, les aimants sur les rayons de la roue, et ça clignote dès que vous roulez sans que vous ayez besoin de mettre des piles. C’est assez cher (une cinquantaine d’euros), mais la sécurité est à ce prix. Je les fixais dimanche sur le vélo de Marie, et le gardien de la maison, intrigué, est venu observer le système. Il m’a demandé si c’était cher. J’ai failli lui donner le prix mais me suis ravisé en notant que le prix des lampes équivalait presque à son salaire, alors même qu’il est payé normalement. J’ai eu quand même un peu honte.
Nous pourrions donc maintenant circuler la nuit en vélo, on est visibles. Dommage que ce ne soit plus possible à cause des barbus.

mardi 11 janvier 2011

rouge orange


Eh bien bonne année quand même. Ça démarre pas super fort, mais on va faire avec.
"Les régions formellement déconseillées sont indiquées en rouge. Les régions déconseillées sauf raisons impérieuses sont indiquées en orange." Engagez-vous, qu'y disaient.

mercredi 29 décembre 2010

Niamey-Cotonou


La semaine dernière, Marie et moi sommes partis passer une semaine à Cotonou, au Bénin. Niamey-Cotonou : 1000 km. Dépourvus de voiture, nous avons opté pour le bus, c’est moins cher que l’avion et ça nous évite de passer une nuit d’escale dans un aéroport. Comme je suis sûr que vous nous enviez, je vais essayer de vous faire vivre au plus près notre voyage.
Levez-vous d’abord à 3 heures du matin pour être sûr d’être à l’heure pour le bus. Prenez un petit-déjeuner succinct. À 4 heures, vous êtes fin prêt. Attendez une demi-heure. Puis une autre. Allez, ne mégotons pas, attendez encore une heure de plus. Ça y est, le chauffeur manquant est arrivé. (Je ne sais pas pourquoi, chaque fois que je dois prendre un bus, je me présente à l’heure en sachant pertinemment que jamais, au grand jamais, le bus ne partira à l’heure).
C’est parti ! Asseyez-vous sur votre chaise, face à un mur. Rapprochez-vous du mur, jusqu’à ce que votre dos bien droit touche le dossier et que vos genoux touchent le mur. Ça y est, vous ne pouvez plus faire de mouvements d’avant en arrière ? Alors, on peut rouler maintenant.
Malheureusement, votre dossier ne monte pas jusqu’à la tête, je crains que pour dormir, il faille laisser pendre la tête en avant ou en arrière. Je sais, l’un et l’autre sont inconfortables, il va cependant falloir faire un choix à un moment donné. L’alternance est à mon avis le meilleur compromis : on penche le cou en avant, on essaie de s’assoupir, et cinq minutes plus tard, comme ça fait un peu mal, on penche en arrière.
S’il fait froid dehors, ouvrez la fenêtre sans trop vous couvrir, et attendez trois heures assis sur votre chaise, bien serré, et ne vous couvrez pas trop. Une fenêtre à l’avant du bus est cassée, le vent s’engouffre, et vous n’avez emporté que le petit pull que vous aviez, et c’est malgré tout la saison froide, 15° le matin.
Une fois les trois heures passées, fermez la fenêtre. Enfilez deux pulls, et mettez le chauffage à fond. La saison froide ne concerne que le matin. La journée, il fait ses 30° habituels. Hélas, la fenêtre cassée ne vous apporte plus de vent puisque tout un tas de personnes sont montées et se sont installées dans l’allée, permettant à la fois de bloquer le vent et de réchauffer agréablement l’atmosphère. Remarquez que vous êtes tout de même content, vous, d’être assis sur un siège. Vous êtes aussi malgré tout content de ne pas être juste à côté de la vitre cassée. Vous êtes reparti pour deux heures, jusqu’à la fin de la bonne route. Vous ne le savez pas encore, mais vous avez mangé votre pain blanc. Une fois ces deux heures passées, vous aurez le droit de vous lever pour vous dégourdir les jambes.
Il est 11 heures. Regonflé par ces 5 minutes de pause, vous êtes prêt à attaquer la suite. De toute façon, vous n’en avez que pour jusqu’à 18 heures. Pour attaquer la mauvaise route, celle avec des trous, vous allez avoir besoin d’un comparse. Celui-ci est chargé de vous pousser de manière impromptue à droite ou à gauche, à des intervalles variables allant de 5 à 20 secondes. Attention, ce comparse doit être assez habile pour vous faire croire que vous allez verser, mais en fait, non, c’était juste une impression. Ce comparse doit également vous soulever parfois en l’air, ou vous pousser en avant. C’est là où le pull que vous avez amené va sauver vos genoux : coincez-le entre vos genoux et le mur, ça atténuera les chocs.
L’ennui c’est qu’avec ce comparse, vous ne pourrez ni lire, ni dormir, et ce pendant quelques heures. Continuez ainsi jusqu’à 18 heures, la fourchette basse de l’heure d’arrivée, en vous dégourdissant les jambes toutes les 3 heures, 15 minutes à l’heure du repas, plus une petite marche de 5 minutes pour traverser le no-man’s-land de la frontière. Parfois, votre comparse doit arrêter de vous secouer pendant un quart d’heure, puis doit recommencer.
À 18 heures, vous vous rappelez que vous êtes parti avec du retard, et vous acceptez résigné le fait que votre heure d’arrivée sera plus proche de la fourchette haute qu’on vous a donnée, soit 21 heures.
À 21 heures, levez-vous, achetez du riz avec de la sauce, et faites-vous à l’idée que ce n’est toujours pas à Cotonou, mais à une ville du nom de Parakou que vous êtes arrivé. Les informations que vous glanez ici et là ne sont guère réjouissantes : la nouvelle fourchette d’heure d’arrivée se situe entre 3 heures et 5 heures du matin. Mettez de l’eau à bouillir, ça humidifiera l’atmosphère : vous êtes au Bénin, la température ne descendra pas vraiment, mais il fera humide. Soupirez avant de vous rassoir exactement comme vous avez été assis toute la journée.
L’avantage, maintenant, est que la fatigue aidant, la douleur au cou ne vous réveille plus qu’à des intervalles un peu plus longs, de l’ordre de toutes les 10 minutes, voire tous les quarts d’heure. Pour soulager vos nerfs, vous avez le droit d’insulter en vous-même le chauffeur qui s’est trompé de route, ou le policier ou douanier ou je-ne-sais-qui revêtu d’un uniforme qui fait patienter le bus, retardant d’autant l’heure d’arrivée. Attention, votre comparse ne doit pas aller dormir, il continue à vous secouer.
A cinq heures, vous avez le droit de verser quelques larmes en constatant que vous n’êtes pas arrivé, mais la bonne nouvelle est que votre comparse a fini son travail. Arrêtez de faire des suppositions quant à l’heure d’arrivée, ça ne sert à rien, vous arriverez quand vous arriverez.
A sept heures du matin, levez-vous, vous êtes à Cotonou, on vient même vous chercher. Vous dormirez toute la journée, puis vous essaierez de vous faire à l’idée que 5 jours plus tard, il faudra recommencer dans l’autre sens.


PS : Pour être tout à fait juste, il faudra modifier un peu le retour : le dossier montera jusqu’à votre tête, vous permettant de vous assoupir, et vous ne resterez sur votre chaise que 21 heures. En revanche, il faudra vous procurer et vous passer un disque de chants de Noël comprenant Oh Tanenbaum et l’Ave Maria de Luis Mariano (si, si).

lundi 15 novembre 2010

Wie gehts ?


Étant au Niger pour au moins trois ans, j’ai décidé d’apprendre une des langues locales, celle qu’on parle le plus à Niamey, le zharma. Mon ambition étant, aussi rapidement que possible, de comprendre les conversations autour de moi, éventuellement d’y participer. Ce n’est, à dire vrai pas réellement un besoin puisque tout le monde parle français, mais je pense que ce sera pratique quand, dans ma vie future, à New York ou à Londres, voire à Tours, je croiserai un Nigérien. Bonjour ! Et la famille ? Et la santé ? Tu peux m’indiquer où est la 5ème avenue, s’il-te-plaît ?
Pour apprendre, deux stratégies. La première m’a été donnée par un Nigérien, et consiste à s’asseoir sur un banc, dans la rue, avec les gens qui sont là, et de laisser les choses venir. La deuxième est plus commune, elle consiste à s’inscrire à des cours de zharma, à y aller, et à faire ses devoirs entre deux cours. J’ai choisi la seconde,parce que c’est plus facile, ou plus occidental, je ne sais pas.
Ces cours se passent de la manière la plus banale qui soit. La prof est sympathique et chaleureuse, elle vous explique des choses, vous donne du vocabulaire, un point de grammaire (le zharma n’est pas compliqué question grammaire, surtout si vous vous arrêtez cinq minutes et que vous la comparez avec la grammaire française). Et puis à chaque fois on rebrasse les diverses connaissances dans des petites conversation de haute volée du style je m’appelle Basile, j’ai 26 ans et je porte des chaussettes noires. C’est détendu, il n’y a pas d’enjeu, les choses rentrent peu à peu et vous vous rendez compte peu de temps après que des gens dans la rue vous répondent en zharma quand vous êtes arrivés à caser LA phrase que vous avez apprise. Ce n’est pas si facile, il faut des conditions bien particulières pour parler de vos chaussettes.
Mais voilà, on ne tire pas un trait sur son passé comme cela. À partir du moment où la prof, très naturellement, commence à demander en zharma comment on s’appelle bien qu’on le lui dise patiemment toutes les semaines, soudainement je perds 15 ans et gagne en même temps une angoisse incontrôlée. Me voilà retourné au collège, et je ne veux pas y retourner. On est lundi matin, 8h30, la prof d’allemand nous pose des questions nommément, et je n’ai pas fait mes devoirs. Je ne comprends rien à ce qu’elle me dit, et à voir sa tête j’aurais dû comprendre. J’ai beau jeter des regards affolés, j’ai beau transpirer allègrement, elle a beau me répéter sa question de plus en plus lentement et de plus en plus fort, rien ne sort. Pourtant, j’ai essayé d’apprendre les mots de vocabulaire, pas à m’en abrutir parce que j’avais tout de même un désintérêt profond envers tout ce qui n’était pas du français, mais quand même, j’ai essayé. Seulement, quand assis depuis vingt minutes devant votre liste de vocabulaire vous ne vous rappelez que d’un seul mot sur les cinq que vous aviez à apprendre, et ce mot si précieux et si fragile, vous l’aurez oublié dans l’heure qui suivra, point n’est besoin de persévérer. Il vaut mieux abandonner, ce n’est pas grave si les langues ne sont pas pour vous, vous avez moultes qualités tout aussi intéressantes, comme par exemple celle de cuisiner de très bons pâtés de campagne. Ça n’a rien à voir, je sais, mais il faut prendre les gens dans leur globalité, il y a des gens virtuoses du piano, d’autres qui sont très forts en maquettes de bateau. Le premier don que je viens de citer est mieux reconnu socialement que le second, c’est vrai, mais essayer de me prouver la supériorité de la maîtrise du piano sur celle du modélisme. Oh puis arrêtez de m’interrompre, je n’avais pas fini.
Très vite, dès la 6ème, dès la deuxième heure de cours, j’ai su que l’allemand n’était pas pour moi. J’ai battu en retraite très vite et me suis recroquevillé en espérant que ce ne soit ni trop long, ni trop douloureux. Hélas, ce le fut, long et douloureux.
Qu’à cela ne tienne, j’étais nul en allemand, cela ne tenait peut-être qu’à la langue elle-même. Je suis arrivé en 4ème, l’âge de la deuxième langue, plein d’espoir, tout prêt à effacer cet échec cuisant et à conquérir ces terres nouvelles. J’ai jaugé les forces en présence dans le cours d’anglais, ai noté la similarité des comportements, ces questions posées de plus en plus fort et de plus en plus lentement mais dans une autre langue encore, et j’ai battu en retraite piteusement.
Tout le reste ne fut que plaies et bosses, stratégies ridicules pour cacher mon ignorance crasse, humiliations quasi quotidiennes, rendez-vous parents-profs de langues où, à mon grand étonnement, celle qui était censée me protéger du monde puisque j’étais la chair de sa chair, à savoir ma mère, cette mère, contre toute attente se rangeait du côté de l’ennemi pour m’accabler, moi qui n’avait pas besoin de ça pour sentir que j’avais perdu lamentablement.
J’ai porté ce fardeau jusqu’à l’âge adulte où, chacun sait, on devient un autre individu.
Ce nouvel individu, bien naïvement, a pensé que le temps de la reconquête était venu, qu’il allait leur montrer à tous qui il était, qu’il pouvait être quelqu’un qui parlait une langue étrangère ET qui faisait des très bons pâtés de campagne. Ce nouvel individu est non seulement parti dans un pays où personne ne parle sa langue (la Suède) , mais a même décidé d’apprendre la langue (le suédois pour ceux qui ne sont vraiment pas forts en géographie). Hélas, il n’a fallu que quelques minutes de cours pour m’apercevoir qu’on ne trace pas un trait sur le passé comme cela. Les mêmes question répétées, bien que moins agressivement (je suis quand même là de mon plein gré), apportait les mêmes effets : angoisse, sueurs, appels à l’aide désespérés. Je peinais toujours autant sur mes cinq mots à apprendre. Je restais toujours aussi perplexe devant les minuscules textes qu’on me présentait, arrêté brutalement par le deuxième mot, oui, c’est ce mot-là que j’avais réussi à savoir hier. La défaite était d’autant plus cuisante que j’avais cherché la bataille.

Alors est-ce que quelqu’un peut m’expliquer pourquoi je me remets dans les mêmes galères ?